L’évolution d’une société : au-delà des infrastructures
Casablanca : une ville marquée par l’incivilité quotidienne
À Casablanca, j’ai été confronté récemment, à deux situations qui illustrent parfaitement ce problème. La première s’est produite sur l’autoroute alors que j’étais avec mes parents. En approchant d’une sortie, une file de voitures commençait à se former. Devant, au milieu de la sortie, un camion s’est arrêté, feux de détresse allumés. Le chauffeur est descendu, demandant, avec assurance, aux automobilistes de passer sur les côtés.
Naturellement, je me suis dit, comme beaucoup d’autres certainement : Il doit avoir une panne, peut-être une crevaison ? Mais la vérité était tout autre. L’homme n’avait aucun problème mécanique , il avait simplement envie d’uriner. Sans la moindre gêne, il s’est mis dos aux automobilistes et a fait ses besoins sur le bord de l’autoroute. Une scène surréaliste, choquante et révélatrice d’un mépris total pour autrui.
La deuxième scène s’est déroulée dans un café du centre-ville de Casablanca, où j’ai l’habitude de prendre mon Ftour Beldi (petit déjeuner traditionnel). J’y vais souvent parce que, d’ordinaire, le serveur est sympa et le prix raisonnable. Mais ce matin-là, le serveur habituel n’était pas là. Je commande comme toujours mon Ftour Beldi : une boisson froide, une boisson chaude, du Mssamen, de la Harcha, de la Hssoua, du miel, du beurre ou de l’huile.
Le Ftour arrive… mais sans la Hssoua, pourtant un élément clairement indiqué sur la carte. Je le fais remarquer poliment. Le serveur me répond d’un ton désinvolte : la Hssoua est un «cadeau de la maison», et il n’y en a plus. Surpris, je lui rappelle que je paie un prix pour un menu complet, pas pour un service incomplet. Je lui mentionne que je ne peux pas payer le prix affiché s’il manque la Hssoua. Après m’avoir dévisagé comme si j’étais dans l’erreur, il répond qu’il va voir avec la «direction». Il revient avec un fromage la Vache Qui Rit et un peu d’Amlou en guise de remplacement. Puis il tourne le dos et s’en va, comme si tout cela était normal. Je l’appelle, mais ne se retourne pas …
Au-delà de la simple déception, cette expérience a été profondément frustrante. Payer pour un service annoncé et ne pas le recevoir dépasse le simple désagrément : c’est une forme d’incivilité commerciale, une marque de mépris envers le client. À cela s’ajoute le manque flagrant de professionnalisme du serveur, visiblement peu concerné par son travail, une attitude dont j’ai fait injustement les frais.
Incivilité : un obstacle au respect et à la vie en communauté
Ces deux scènes, très différentes mais vécues à Casablanca, montrent que l’incivilité ne se limite pas aux espaces publics. Elle s’infiltre aussi dans les services du quotidien. Et dans tous les cas, elle laisse le même arrière-goût amer : celui d’une société où le respect mutuel s’effrite peu à peu.
Cette réalité met en lumière l’importance du civisme, qui constitue l’un des piliers de la vie en communauté. Respecter les autres, c’est respecter l’espace que nous partageons. Que ce soit sur une autoroute ou dans un café, un petit effort de considération peut transformer une expérience désagréable en moment normal, voire agréable.
L’incivilité, elle, fait exactement l’inverse : elle nous rappelle que chaque geste compte et que notre quotidien est façonné autant par nos actions que par celles des autres. Cultiver le respect, même dans les petites interactions, contribue à construire une ville plus harmonieuse et un cadre de vie agréable pour tous. En fin de compte, c’est en choisissant la bienveillance dans nos gestes quotidiens que nous pouvons réellement transformer Casablanca en une ville où le respect et la civilité deviennent la norme.
